Azawad | 7 août 2026
Dans un entretien accordé au Forum politique de l’Azawad par Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du Front de Libération de l’Azawad (FLA), dans la nuit du 6 au 7 août 2026, le responsable azawadien a abordé plusieurs questions liées au conflit en cours en Azawad, notamment les développements militaires, l’action diplomatique, le rôle des médias, ainsi que la situation humanitaire et la nécessité de renforcer les initiatives locales pour soutenir les populations.
Au cours de l’entretien, Ramadane a présenté une lecture globale de l’évolution de la guerre depuis 2023, évoquant les préparatifs du côté azawadien, les dernières batailles à Kidal, Anafif et Tabrichat, ainsi que la nature de la confrontation avec les forces russes et l’« Africa Corps ».
Le porte-parole du Front de Libération de l’Azawad a affirmé que le Front considère que la bataille actuelle ne se limite pas au volet militaire, mais englobe également les domaines diplomatique et médiatique, appelant les Azawadiens à unifier leurs rangs et à continuer à soutenir la cause, tout en accordant une attention particulière au volet humanitaire et à l’aide aux déplacés et aux populations présentes dans les zones frontalières.
Premièrement : le volet militaire… du retrait à la préparation de la reconquête des villes
Mohamed Elmaouloud Ramadane a commencé son intervention sur le volet militaire en revenant sur l’année 2023, estimant que la guerre avait été imposée aux Azawadiens par l’armée malienne et les forces russes qui opéraient alors sous la bannière de Wagner, sous couverture aérienne de l’Alliance des États du Sahel et avec le soutien des drones turcs.
Il a déclaré que les Azawadiens n’étaient pas préparés à l’époque à mener une guerre globale, soulignant que la situation était différente en raison de l’existence d’un accord et de la présence de la communauté internationale.
Selon son récit, les Azawadiens avaient alors respecté leurs engagements dans le cadre de l’accord d’Alger, avant que l’évaluation de la situation militaire ne conduise à la décision de se retirer de la ville de Kidal et d’autres zones.
Il a ajouté que cette étape ne constituait pas la fin de la confrontation, mais plutôt le début d’une nouvelle phase de préparation et de planification militaire.
Il a expliqué que les forces azawadiennes avaient commencé, depuis lors, à « se préparer et à s’organiser » pour mener des batailles visant à reprendre le contrôle de toutes les villes de l’Azawad, repousser l’ennemi et chasser les envahisseurs du territoire azawadien.
Kidal, Anéfis et Tabrichat
Ramadane a indiqué que la première ville que les forces azawadiennes ont réussi à reprendre était Kidal, le 25 avril, avant de passer à une autre étape des opérations militaires, notamment la bataille d’Anéfis le 4-9 juillet.
Selon son récit, la bataille d’Anéfis a notamment consisté à encercler ce qui restait des forces présentes à l’intérieur de la base militaire, ainsi qu’à affronter les colonnes venues soutenir les forces encerclées.
Il a déclaré que la première colonne avait été détruite et qu’un hélicoptère venu, selon lui, pour lui apporter son soutien avait également été abattu à Tabrichat le 5 juillet.
Quant à la deuxième colonne, Ramadane a déclaré qu’elle avait affronté les forces azawadiennes pendant toute une journée, avant que le commandement azawadien ne décide de se retirer d’Anéfis.
Il a affirmé que le retrait d’Anéfis, selon l’évaluation du Front, ne signifiait pas l’échec de l’opération, soulignant que son objectif principal avait été atteint, selon son estimation, à hauteur de 70 à 80 %.
Il a expliqué que le Front disposait d’informations selon lesquelles l’armée malienne et l’Africa Corps se préparaient à Anéfis à se diriger vers Kidal, et que les opérations militaires avaient, selon son récit, visé à détruire leurs équipements et à retarder leurs préparatifs.
Il a ajouté que la colonne qui était retournée d’Anéfis en direction de Gao avait ensuite été attaquée et détruit par les forces azawadiennes, affirmant que le monde entier avait été témoin des résultats de cette attaque. Il a également affirmé que les Russes et les milices qui les accompagnaient avaient fui le champ de bataille.
« Nous sommes toujours au début de la guerre »
Dans son évaluation générale de l’évolution militaire, le porte-parole officiel du Front de Libération de l’Azawad a déclaré que toutes les batailles menées par les forces azawadiennes « se sont soldées par des victoires ».
Il a affirmé que la guerre n’en était encore qu’à ses débuts et que la prochaine étape connaîtrait d’autres batailles visant à libérer toutes les villes de l’Azawad et à chasser l’ennemi du territoire.
Il a déclaré que les forces azawadiennes se préparaient à de nouvelles batailles, appelant les Azawadiens à comprendre la nature de l’adversaire auquel le Front est confronté.
Dans ce contexte, Ramadane a estimé que l’armée malienne, selon son évaluation, ne constituait pas le principal défi militaire pour le FLA, affirmant que la véritable confrontation était avec les forces russes.
Il a ajouté que l’Africa Corps était rattaché aux forces armées russes et au ministère russe de la Défense, et que le Front affrontait donc directement l’armée russe, et non de simples groupes de mercenaires comme c’était le cas avec Wagner auparavant.
Il a indiqué que les forces russes, selon son récit, recouraient à une couverture aérienne intensive lorsqu’elles affrontaient les forces azawadiennes, tandis qu’il a affirmé que les forces russes fuyaient lorsqu’elles étaient confrontées aux forces azawadiennes sans couverture aérienne.
Les pertes russes
Ramadane a également évoqué les pertes subies par les forces russes en Azawad, estimant que leur ampleur était importante en comparaison avec les pertes subies par les forces russes dans les autres pays africains où elles sont présentes.
Il a notamment cité les batailles de Tinzaouaten en 2024, la bataille de Kidal et les dernières batailles d’Anéfis, considérant que ces affrontements constituaient des étapes importantes dans l’évolution du conflit.
Il a ajouté que les forces azawadiennes, malgré la supériorité de leur adversaire en termes de moyens, continuaient, selon ses propos, à avoir l’initiative sur le terrain, car « elles attaquent et encerclent ».
Ramadane estime que le maintien de cette initiative constitue un indicateur positif pour le Front, affirmant que les combats se poursuivront jusqu’à repousser les forces russes hors de l’Azawad.
« Tenir dans la durée » face à la Russie
Selon le porte-parole, la nature de la confrontation actuelle rend la guerre longue, notamment en raison de la capacité des forces russes à envoyer des renforts depuis l’extérieur de la région chaque fois que leurs unités sont encerclées.
Pour cette raison, Ramadane a appelé les Azawadiens et les soutiens de la cause azawadienne à faire preuve de « patience et d’endurance », soulignant que la poursuite de la guerre nécessite de la persévérance.
Il a déclaré que la cause était une cause de terre et de peuple, considérant que les Azawadiens menaient une guerre défensive pour leurs droits, tandis qu’il a décrit les forces russes comme des forces étrangères qui, selon lui, ne savent pas pourquoi elles combattent ni pourquoi elles sont tuées.
Il a estimé que la seule raison pour laquelle les russes attaquent le peuple azawadien est, selon lui, de gagner de l’argent.
Il a ajouté que les Azawadiens étaient présents sur le terrain et disposaient de la volonté et de la détermination, et qu’ils continueraient à faire face aux forces russes.
Appel à poursuivre la mobilisation et à soutenir l’armée azawadienne
À la fin de son intervention sur le volet militaire, Ramadane a affirmé que les victoires remportées par les forces azawadiennes étaient le résultat des efforts de l’ensemble des Azawadiens.
Il a appelé à continuer à soutenir l’armée azawadienne et a également adressé un message aux jeunes afin qu’ils poursuivent la mobilisation et rejoignent les rangs de l’armée.
Il a également appelé les différentes catégories de la population, notamment les femmes et les hommes, à fournir des efforts afin d’atteindre l’objectif fixé par le Front, à savoir, selon ses propos, chasser l’ennemi du territoire azawadien.
Deuxièmement : l’unification des mouvements azawadiens… « la plus grande réalisation politique »
Mohamed Elmaouloud Ramadane est ensuite passé à la question politique, considérant que la plus grande et la plus importante réalisation du Front de Libération de l’Azawad était l’unification des mouvements azawadiens au sein d’une seule entité.
Il a déclaré que cette évolution représentait, à ses yeux, un événement historique pour l’Azawad, car elle avait placé les différentes composantes sous une direction unifiée, un même drapeau et une seule armée, au sein d’un seul Front.
Il a souligné que la situation précédente était caractérisée par la multiplicité des fronts et des mouvements, chaque partie disposant de sa propre organisation, alors que l’évolution actuelle avait créé, selon lui, un cadre plus unifié.
Selon Ramadane, l’unification des rangs politiques et militaires constitue un élément essentiel de la capacité des Azawadiens à poursuivre la confrontation et à atteindre leurs objectifs.
La diplomatie azawadienne… une activité loin des projecteurs
Concernant la diplomatie, le porte-parole du FLA a déclaré que l’action diplomatique azawadienne existait et était active, mais qu’elle nécessitait, selon lui, un niveau élevé de confidentialité.
Il a expliqué que, depuis la création du Front de Libération de l’Azawad, la diplomatie azawadienne était active à plusieurs niveaux et dans différents pays et continents, évoquant des contacts et des rencontres en Afrique, en Europe, dans les pays du Golfe et dans d’autres pays du monde.
Il a toutefois expliqué que le Front avait décidé de ne pas révéler au public les détails de ces démarches, en raison de la demande des États et des organisations avec lesquels ces rencontres ont lieu de maintenir la confidentialité.
Il a affirmé que la diplomatie azawadienne, selon son expression, « travaille jour et nuit », ajoutant que la confrontation avec la Russie ne se déroulait pas uniquement sur le terrain, mais également sur le plan diplomatique.
Il a souligné que la Russie était l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et disposait d’une influence internationale et d’alliés, raison pour laquelle il estime que l’action diplomatique azawadienne nécessite une grande prudence et beaucoup de confidentialité.
Il a déclaré que la diplomatie azawadienne, selon son évaluation, avait réalisé des progrès et de « bons résultats ».
L’unité comme condition du progrès
Ramadane a affirmé que tout progrès politique ou diplomatique nécessitait de renforcer et d’unifier les rangs internes.
Il a appelé tous les Azawadiens à consentir des sacrifices pour atteindre cet objectif, considérant que l’unité des rangs constituait un élément essentiel pour la prochaine étape.
Troisièmement : les médias… « la bataille médiatique n’est pas moins importante que la bataille sur le terrain »
Le porte-parole du FLA a consacré une partie de l’entretien au rôle des médias dans la cause azawadienne.
Il a déclaré que les médias internationaux s’intéressaient désormais à la cause azawadienne, qu’il s’agisse des médias occidentaux anglophones, francophones ou arabophones, soulignant que de grands médias internationaux couvraient désormais les événements qui se produisent en Azawad, notamment les développements militaires et les violations liées aux droits humains.
Il a toutefois estimé que le rôle des Azawadiens sur les réseaux sociaux devait être davantage organisé et intensifié.
Il a appelé les Azawadiens actifs sur les réseaux sociaux à redoubler d’efforts dans le domaine de la sensibilisation et à ne pas se limiter aux discussions au sein des groupes WhatsApp.
Des messages politiques adressés au monde
Ramadane a appelé les militants azawadiens à travailler à la rédaction de messages politiques destinés aux États du monde et aux organisations de défense des droits humains, et à porter la cause auprès des institutions et des médias internationaux.
Il a déclaré qu’un grand nombre d’Azawadiens étaient capables d’écrire et de travailler dans le domaine médiatique, mais que l’objectif était, selon lui, d’intensifier ces efforts et de faire passer les messages à travers les différents canaux et plateformes internationales.
Il a affirmé que la bataille médiatique devait constituer une partie essentielle de l’action azawadienne, considérant que son rôle n’était pas moins important que celui de la bataille militaire et diplomatique.
Ramadane estime que les efforts médiatiques peuvent contribuer à faire parvenir le message azawadien à l’opinion publique mondiale, aux États et aux organisations internationales.
Quatrièmement : l’unité et le rejet des divisions
Le porte-parole du Front de Libération de l’Azawad a établi un lien entre le succès militaire, politique et médiatique et la nécessité de préserver l’unité de la communauté azawadienne.
Il a déclaré que les peuples qui s’attachent à leurs positions et à leurs droits sont capables d’atteindre leurs objectifs, estimant que les Azawadiens, de son point de vue, sont sur la bonne voie.
Il a appelé à la mobilisation de tous, à l’unification des rangs et au rejet des divisions, du tribalisme et du , ainsi qu’au rassemblement autour de cette entité.
Il a attribué les réalisations qu’il a évoquées aux efforts des différentes composantes de la société, ainsi qu’à la sagesse du leadership azawadien et aux prières des mères et des érudits.
Il a déclaré que ces facteurs avaient permis aux Azawadiens de réaliser ce qui a été accompli jusqu’à présent.
Cinquièmement : le volet humanitaire… appel à des initiatives azawadiennes locales
Dans la dernière partie de l’entretien, Mohamed Elmaouloud Ramadane a évoqué la situation humanitaire, appelant les Azawadiens à lancer des initiatives locales afin d’aider les populations affectées et déplacées.
Il a déclaré que la dépendance totale à l’égard des organisations humanitaires venues de l’étranger ne suffisait plus, estimant que celles-ci n’étaient pas venues durant cette période critique.
Il a appelé les Azawadiens à créer des associations et des initiatives pour collecter des dons et venir en aide aux familles présentes dans les zones frontalières avec l’Algérie et la Mauritanie, notamment celles qui n’ont pas pu franchir les frontières.
Les écoles et les hôpitaux
Il a également appelé à travailler à l’organisation et au soutien des écoles et des hôpitaux, soulignant la nécessité d’initiatives locales permettant d’améliorer la situation de ces institutions.
Il a indiqué que certaines écoles bénéficiaient déjà d’une aide du Front pour organiser leurs affaires, appelant à élargir ce type d’initiatives.
Il a également proposé la création d’organisations et d’associations chargées de construire des écoles et de fournir une aide humanitaire, même si ces initiatives étaient, selon ses propos, placées sous l’égide du FLA.
Le message de l’entretien : une guerre sur plusieurs fronts
Les déclarations de Mohamed Elmaouloud Ramadane au cours de cet entretien révèlent la vision du Front de Libération de l’Azawad concernant la nature de la phase actuelle. Le Front ne considère pas le conflit comme une confrontation uniquement militaire, mais comme une bataille à plusieurs niveaux comprenant le terrain, la politique, la diplomatie, les médias et l’action humanitaire.
Sur le plan militaire, Ramadane affirme que le Front se prépare à une guerre longue et considère que les dernières batailles, notamment à Kidal, Anafif et Tabarichat, constituent une partie d’un processus plus large visant à reprendre le contrôle des villes et des régions de l’Azawad.
Sur le plan politique, le porte-parole du Front de Libération de l’Azawad place l’unification des mouvements azawadiens parmi les principales réalisations accomplies, considérant que l’existence d’une direction, d’un drapeau et d’une armée unifiés constitue une transformation fondamentale dans l’histoire de l’Azawad.
Sur le plan diplomatique, il affirme qu’il existe des démarches et des contacts avec des États et des organisations dans différentes régions du monde, tout en soulignant que la nature de ces contacts impose la confidentialité, notamment compte tenu du rôle russe dans le dossier.
Dans le domaine médiatique, il appelle à passer d’une activité individuelle et dispersée sur les réseaux sociaux à une action plus organisée ciblant les médias, les organisations de défense des droits humains et les décideurs dans différents pays du monde.
Sur le plan humanitaire, il estime que la période actuelle nécessite des initiatives azawadiennes locales pour aider les déplacés et les populations, soutenir les écoles et les hôpitaux et fournir une assistance aux familles présentes dans les zones frontalières.
Une nouvelle étape du conflit
Ces déclarations interviennent alors que la région de l’Azawad connaît une escalade militaire continue, avec une importance croissante du facteur russe dans les opérations militaires menées par les autorités maliennes.
Dans cet entretien, Mohamed Elmaouloud Ramadane présente la vision du Front de Libération de l’Azawad pour la prochaine étape, fondée sur la poursuite de l’action militaire, le renforcement de l’unité politique, l’intensification de l’activité diplomatique et médiatique, ainsi que le développement d’initiatives humanitaires locales.
À la fin de son intervention, il a souligné que la réalisation des objectifs du Front, selon sa vision, exigeait la poursuite de la mobilisation, l’unification des rangs et le rejet des divisions, considérant que la conjugaison des efforts des différentes composantes de la communauté azawadienne, ainsi que la sagesse du leadership et le soutien de la population, constitueraient un facteur essentiel pour la prochaine étape.
Ainsi, l’entretien dessine clairement la stratégie présentée par le porte-parole du Front de Libération de l’Azawad : poursuivre la confrontation militaire, unifier les rangs politiques, agir diplomatiquement loin des projecteurs, mener une bataille médiatique plus organisée et construire une capacité humanitaire locale afin de faire face aux conséquences de la guerre.
