

Dans une déclaration remarquée, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a reconnu que les racines du conflit dans la région entre l’Azawad et le Mali, entre le peuple azawadien et les autorités maliennes, remontent au « passé colonial ». Il a souligné que les frontières africaines « ont été tracées sans tenir compte de l’identité des populations », entraînant la séparation de groupes ethniques homogènes et leur répartition entre différents pays. Cette reconnaissance, saluée par le Front de libération de l’Azawad, met en lumière une problématique historique qui a souvent déclenché des conflits sanglants dans le Sahel africain et soulève des questions sur l⁶a possibilité d’une solution juste à ce différend profondément enraciné.
L’héritage colonial : des frontières artificielles et une identité fragmentée
La crise de l’Azawad est un exemple frappant des conséquences du découpage colonial français, qui a ignoré les spécificités culturelles et géographiques des populations. En 1957, les leaders touaregs, arabes, songhaïs et peuls s’étaient réunis à Tombouctou pour demander au président français Charles de Gaulle de ne pas rattacher leur territoire au Mali, avertissant qu’il n’existait aucun lien historique ou culturel entre les deux parties. Mais la France, soucieuse de créer des entités faciles à contrôler et soumises à son autorité, a offert l’Azawad « sur un plateau d’argent » à ses alliés de Bamako, marquant le début de décennies de souffrances.
De la marginalisation aux révoltes répétées
Sous le pouvoir malien, l’identité et les droits des Azawadiens n’ont jamais été respectés. Depuis l’indépendance en 1960, les gouvernements successifs de Bamako ont traité la région comme une source de richesses (pétrole, or, sel, phosphates, etc.) sans investir dans ses infrastructures ou son développement. L’absence d’écoles, d’universités et d’hôpitaux, ainsi que la répression militaire, ont poussé la population à une série de révoltes (1963, 1990, 2006, 2012), culminant avec la déclaration d’indépendance de l’Azawad en 2012 – qui n’a jamais été reconnue internationalement.
Au-delà du politique et du géographique : les dimensions du conflit actuel
Aujourd’hui, le conflit se reproduit dans un contexte régional complexe, où se croisent les crises terroristes, les interventions internationales (comme la présence passée des forces françaises et les bases russes actuelles) et les revendications azawadiennes pour l’autonomie. La déclaration de Lavrov, bien qu’inscrite dans une critique occidentale du colonialisme, montre une prise de conscience croissante des dangers liés à l’ignorance des facteurs historiques dans la résolution des conflits. Les solutions purement sécuritaires – comme l’ont prouvé les décennies passées – ne mettront pas fin au conflit sans traiter la question de la marginalisation et de l’identité.
L’accueil favorable des Azawadiens aux déclarations de Lavrov
De son côté, le porte-parole du Front de libération de l’Azawad s’est félicité de la reconnaissance par Lavrov du problème persistant entre l’Azawad et le Mali, dont les frontières coloniales sont la cause principale.
Dans une publication sur les réseaux sociaux en réponse à l’intervention de Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse avec les représentants des pays de l’AES, Ramadan a déclaré :
« Le conflit auquel fait face l’Azawad avec les autorités centrales de Bamako reflète parfaitement la problématique soulevée par M. Sergueï Lavrov. Nous saluons la reconnaissance enfin accordée à cette réalité. »
Il a ajouté : « Comme nous l’avons toujours affirmé, ce conflit, ancré dans une histoire longue et complexe, a des dimensions politiques et géographiques fondamentales. Pourtant, il n’a jamais fait l’objet d’un diagnostic sérieux pouvant mener à des solutions justes et adaptées. »
Ramadan a également souligné : « Les frontières actuelles du Mali résultent d’une décision coloniale qui n’a pas tenu compte des particularités multiples de notre peuple, annexé à cette entité sans consultation ni consentement. »