Said Ben Bella, dirigeant du Front de libération de l’Azawad (FLA), a affirmé que l’amélioration des relations entre l’Algérie et le Mali ne changera pas la position des mouvements de l’Azawad dans le conflit avec Bamako, soulignant que sa principale demande à l’Algérie, à ce stade, est de soutenir la cause de l’Azawad et les droits des peuples opprimés.
Dans un entretien accordé à « Al Araby Al Jadeed », Ben Bella a déclaré que le rapprochement algéro-malien pourrait contribuer à réduire le niveau de tension, mais qu’il ne suffira pas à mettre fin à la guerre entre les mouvements de l’Azawad et les autorités maliennes, estimant que les racines de la question sont bien antérieures à la récente crise qui a marqué les relations entre Alger et Bamako.
Ben Bella : nous voulons que l’Algérie soutienne la cause de l’Azawad
Dans sa principale déclaration au cours de l’entretien, en réponse à une question sur ce que le Front de libération de l’Azawad attend politiquement de l’Algérie après l’amélioration des relations algéro-maliennes, Ben Bella a déclaré :
« Ce que nous demandons à l’Algérie, notre grande sœur, c’est de s’engager à soutenir le droit des peuples opprimés, notamment la cause de l’Azawad. »
Il a ajouté que le Front de libération de l’Azawad se considère comme « le voisin frère le plus proche de l’Algérie », estimant que l’Azawad représente pour l’Algérie « sa ceinture stratégique au sud, sur les plans humain, culturel, spirituel et sécuritaire ».
Cette demande intervient alors que l’Algérie et le Mali renouent leurs canaux de communication, après une crise diplomatique qui a duré près de 15 mois. La déclaration de Ben Bella traduit la volonté des mouvements de l’Azawad de faire en sorte que le rapprochement entre les deux pays n’entraîne pas un recul de la place de la question de l’Azawad dans les calculs politiques algériens.
Pour Ben Bella, les relations entre les deux États ne doivent pas se faire au détriment des revendications des Azawadiens. Il rappelle que l’Algérie et le Mali entretiennent des relations historiques qui remontent à l’indépendance de l’Algérie, mais que cela n’a pas empêché, selon lui, la poursuite de la lutte des Azawadiens contre « l’injustice des régimes maliens successifs ».
Le rapprochement algéro-malien ne mettra pas fin à la guerre
Le dirigeant du Front de libération de l’Azawad estime que l’amélioration des relations entre l’Algérie et le Mali pourrait contribuer à réduire les tensions à la frontière et dans les régions de l’Azawad, mais il ne pense pas que cela conduira, dans l’immédiat, à l’arrêt de la guerre.
Il a déclaré que le conflit entre les mouvements de l’Azawad et les autorités maliennes est « plus ancien » que la récente crise diplomatique entre l’Algérie et le Mali, et que ce conflit s’est renouvelé au fil des décennies.
Selon Ben Bella, la poursuite de la guerre est liée, de son point de vue, à l’attachement des autorités maliennes à l’option militaire dans le traitement de la question de l’Azawad, ainsi qu’à l’absence d’indications suffisantes d’une volonté de Bamako de rechercher un règlement politique juste.
Pourquoi le Mali a-t-il renoué avec l’Algérie ?
Ben Bella relie le récent changement de position de Bamako à l’égard d’Alger à ce qu’il considère comme l’échec de l’option militaire sur le terrain.
Il a déclaré que les autorités de transition à Bamako et leurs partenaires, notamment les Russes, ont essuyé des échecs sur plusieurs fronts, particulièrement en Azawad. Il a ajouté que le siège imposé à la capitale Bamako par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ainsi que les conseils que leurs alliés russes auraient pu leur prodiguer, ont peut-être poussé les autorités maliennes à reconsidérer leurs relations avec l’Algérie.
Ces déclarations interviennent à la suite de plusieurs mesures réciproques prises par l’Algérie et le Mali en vue de normaliser leurs relations, notamment la reprise du trafic aérien entre les deux pays et le retour des ambassadeurs, ainsi qu’un entretien téléphonique entre le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb et son homologue malien Abdoulaye Maïga, au cours duquel une invitation officielle à se rendre en Algérie lui a été adressée au nom du président Abdelmadjid Tebboune.
L’Accord d’Alger revient au premier plan
La question de l’Azawad demeure l’un des dossiers les plus sensibles dans les relations algéro-maliennes, en raison de la proximité de la région avec la frontière algérienne et du rôle historiquement joué par l’Algérie dans la médiation entre Bamako et les mouvements de l’Azawad.
Le processus de médiation algérien avait abouti à la signature, en 2015, de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, avant que les relations entre Bamako et les mouvements de l’Azawad ne se détériorent, jusqu’à l’effondrement de l’accord et à l’intensification des affrontements armés.
Ben Bella estime que toute future initiative algérienne à l’égard du Mali ne doit pas ignorer la question de l’Azawad et que le rapprochement entre les deux États peut constituer une opportunité, et non une raison de marginaliser les revendications du peuple de l’Azawad.
Des accusations contre Bamako sur l’absence de volonté de paix
Le dirigeant azawadien a minimisé l’existence d’indications sérieuses montrant que Bamako serait disposé à revenir à la paix dans l’immédiat.
Il a déclaré que les autorités maliennes estiment, que la force dont ont fait preuve les mouvements de l’Azawad est liée à un soutien algérien, et que l’amélioration des relations avec l’Algérie pourrait entraîner l’arrêt de ce soutien, donnant ainsi à Bamako l’occasion de poursuivre l’option militaire contre le Front de Libération de l’Azawad.
Il a également accusé les forces maliennes et leurs alliés de mener des opérations militaires et des bombardements dans les régions de l’Azawad, affirmant que la poursuite de ces opérations ne reflète pas, selon lui, une véritable orientation vers la paix.
Un message politique à l’Algérie
Les déclarations de Said Ben Bella portent, dans leur essence, un message politique direct à l’Algérie, à un moment où les relations entre l’Algérie et le Mali sont en cours de réorganisation.
Alors qu’Alger et Bamako cherchent à dépasser leurs différends précédents et à rétablir leurs relations diplomatiques, les mouvements de l’Azawad souhaitent, selon la position exprimée par Ben Bella, garantir que ce rapprochement ne se fasse pas au détriment de leur cause.
La demande formulée clairement par le dirigeant azawadien est que l’Algérie, qui a joué le rôle de principal médiateur dans l’Accord de 2015, continue de soutenir ce que le Front de libération de l’Azawad considère comme les droits politiques du peuple de la région, et que la question de l’Azawad reste présente dans tout nouveau processus politique concernant l’avenir de l’Azawad.
Ainsi, l’élément le plus important de l’entretien de Ben Bella avec « Al Araby Al Jadeed » n’est pas seulement son évaluation du rapprochement algéro-malien, mais aussi sa tentative d’adresser un message clair à l’Algérie : le rétablissement des relations avec Bamako ne doit pas signifier l’abandon de la cause de l’Azawad ni celui du rôle de l’Algérie à son égard.
