Un nouveau reportage de Deutsche Welle (DW), publié le 24 février 2026, met en lumière une situation humanitaire alarmante au camp de Mbera, situé à l’est de la Mauritanie, près de la frontière avec l’Azawad. Le camp accueille des dizaines de milliers de réfugiés azawadiens et peuls (massina), contraints de fuir leurs régions d’origine en raison de la dégradation continue de la situation sécuritaire au dans l’Azawad et Macina, marquée par une intensification des violences armées.
Des conditions de vie extrêmement précaires
Les images tournées sur le terrain montrent un quotidien fait de promiscuité, de surpopulation dans les tentes et d’un manque criant de services de base. L’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux soins de santé demeure largement insuffisant, rendant les réfugiés presque entièrement dépendants de l’aide humanitaire. Le reportage souligne également la fragilité des infrastructures du camp face à l’augmentation constante du nombre de réfugiés, ce qui exerce une pression accrue sur des ressources déjà limitées.
Témoignages glaçants de réfugiés
Le documentaire donne largement la parole aux réfugiés — majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées — qui décrivent une vie marquée par la peur, le déracinement et l’incertitude. Parmi eux, Mohamed Ba livre un témoignage accablant, mettant directement en cause l’armée malienne et les mercenaires russes du Groupe Wagner dans des exactions graves contre des civils :
« La raison de mon arrivée en Mauritanie est que les milices Wagner sont venues dans notre village avec l’armée malienne à trois heures du matin. Nous avons fui, terrorisés, et nous nous sommes dispersés. Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été tués et brûlés, et leurs maisons incendiées. »
Un récit qui renforce les accusations de crimes graves commis contre des populations civiles sous couvert de la lutte antiterroriste.
Le témoignage d’Oumou Ba
Le reportage relaie également la parole d’Oumou Ba, réfugiée malienne au camp de Mbera, qui affirme avoir été témoin direct d’exactions perpétrées par l’armée malienne :
« La raison de ma fuite vers la Mauritanie est que l’armée malienne est entrée dans notre village, a tué neuf personnes et arrêté 24 autres. J’en ai été témoin moi-même. J’ai fui comme réfugiée avec un groupe de personnes, sans aucun membre de ma famille. L’armée malienne nous a menacés : si elle revenait et nous nous trouvait au village, elle tuerait tout le monde, hommes et femmes. »
Un témoignage lourd qui relance les accusations de violations graves des droits humains commises contre des civils au Mali.
La voix des femmes : l’alerte de la militante Zahra wt Mohamed
À ces récits s’ajoute celui de la militante azawadienne Zahra Wt Mohamed, présidente d’une association caritative œuvrant à la protection des femmes contre les violences au sein du camp. Elle met en lumière une réalité souvent invisibilisée : la situation dramatique des femmes, en particulier des veuves.
Selon elle, les femmes veuves représentent environ 20 % de la population du camp, leurs maris ayant péri dans des guerres et des conflits « auxquels ils n’avaient aucune part ». Elle résume la situation humanitaire par ces mots :
« La souffrance ici est indescriptible. »
Zahra explique que l’absence du conjoint plonge de nombreuses femmes dans une extrême vulnérabilité sociale et économique, aggravée par l’absence de toute « protection conjugale ». Elle insiste également sur les difficultés majeures liées à la prise en charge des enfants, notamment lorsqu’ils sont en bas âge, obligeant les mères à assumer seules la responsabilité de l’éducation, de la subsistance et de la survie de leur famille dans un environnement précaire.
Des défis humanitaires croissants
Le reportage de DW met enfin en évidence les difficultés rencontrées par les organisations humanitaires pour répondre à l’ampleur des besoins, dans un contexte de ressources financières limitées et de flux continus de nouveaux réfugiés. Les acteurs humanitaires alertent sur les conséquences dramatiques d’un éventuel recul de l’aide, notamment en matière de malnutrition, de santé maternelle et infantile et d’accès à l’eau.
Un appel urgent à la communauté internationale
À travers ces témoignages concordants, le reportage dresse le portrait d’une crise humanitaire profonde et durable. Il pose avec acuité la question de la protection des réfugiés, de la prise en charge spécifique des femmes et des enfants, et de la nécessité d’une mobilisation internationale accrue pour soulager la détresse de milliers de civils ayant fui les violences au Mali.
