Burkina Faso | 17 août 2026
De nouveaux affrontements ont éclaté ce lundi 17 août 2026 entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Sahel (IS-Sahel/ISSP) dans les zones de Bangao et Dorkoye, dans la province du Séno, au nord-est du Burkina Faso. Il s’agit du dernier épisode en date du conflit armé opposant les deux organisations rivales dans la région du Sahel.
Selon des informations relayées par des comptes qui suivent les activités des groupes armés au Sahel, le JNIM a annoncé avoir tué plusieurs membres de l’État islamique au Sahel lors des affrontements, les qualifiant, conformément à son discours habituel, de « khawarij ». Des éléments affiliés au groupe ont également diffusé des images montrant plusieurs combattants tués, affirmant avoir saisi des armes, des motos, des téléphones et d’autres équipements qui étaient en leur possession.
Parmi les personnes tuées figurerait Abou Zeid le Burkinabè, présenté comme un haut responsable de l’État islamique au Sahel et de nationalité burkinabè. Selon les informations disponibles, il aurait été tué avec plusieurs de ses hommes au cours des affrontements. Les combattants du JNIM auraient également pris possession d’une partie de leurs équipements et matériels.
Ces affrontements interviennent alors que le nord et l’est du Burkina Faso connaissent une rivalité croissante entre les deux organisations. Chacune cherche à étendre son influence au détriment de l’autre et à contrôler les réseaux de circulation et d’approvisionnement ainsi que les zones rurales, qui constituent un espace majeur d’activité pour les groupes armés.
Contexte : une rivalité croissante depuis le début de 2026
Les affrontements du 17 août ne constituent pas un événement isolé. Ils s’inscrivent dans une série de combats et d’opérations réciproques entre le JNIM et l’État islamique au Burkina Faso, au Niger, au Mali et au Nigeria depuis le début de l’année.
Avril : début de l’escalade documentée
Début avril, un affrontement entre les deux groupes a été signalé dans l’État de Kebbi, dans le nord-ouest du Nigeria. Selon les informations disponibles, le JNIM aurait pris l’avantage sur le terrain lors de cet affrontement, dans ce qui constitue l’un des premiers combats directs entre les deux organisations recensés par les sources consultées cette année.
Mai : une escalade majeure dans le nord-est du Burkina Faso
Le mois de mai a été marqué par une nette intensification des affrontements. Le 16 mai, le JNIM a attaqué une position de l’État islamique au Sahel dans le village de Bélèl, dans le nord-est du Burkina Faso, annonçant avoir tué deux combattants et saisi leurs armes.
Au même moment, le JNIM a annoncé avoir pris le contrôle d’une position appartenant à l’État islamique à l’est de Tasmakal, dans la province de l’Oudalan au Burkina Faso.
Cependant, le rapport de force n’est pas resté constant. À la mi-mai, l’État islamique au Sahel a lancé une série d’attaques contre des positions du JNIM dans les environs d’Arbinda. Selon des communiqués provenant de sources proches de l’organisation, les affrontements auraient fait plusieurs dizaines de morts parmi les combattants du JNIM et permis à l’État islamique de prendre le contrôle de certaines de leurs positions.
Le 19 mai, de nouveaux affrontements ont eu lieu dans la province du Yagha, dans l’est du Burkina Faso, près de la frontière nigérienne. Selon les informations diffusées, plusieurs combattants du JNIM, dont un responsable, auraient été tués lors d’une attaque menée par l’État islamique au Sahel.
Dans des communications ultérieures, l’organisation a également fait état d’une série d’opérations dans les zones de Sebba, Gassel et Korouri, affirmant avoir tué plus de cinquante membres de son rival et saisi des armes, des munitions et des motos.
Juin : le conflit s’étend à l’ouest du Niger
Le 17 juin, le conflit s’est étendu au nord-ouest du Nigeria, près des frontières avec le Bénin et le Niger. L’État islamique au Sahel a annoncé avoir attaqué et pris le contrôle de plusieurs positions appartenant au JNIM, faisant état de dizaines de morts, de plusieurs personnes capturées ainsi que de la saisie de motos, de munitions et de divers équipements.
Cette extension géographique montre que la rivalité entre les deux organisations ne se limite plus à une seule zone du Burkina Faso, mais s’inscrit désormais dans un réseau plus vaste de zones d’influence, de routes et d’axes de circulation à travers le Sahel et l’Afrique de l’Ouest.
Juillet : assassinats et défections en parallèle des combats
Le mois de juillet a marqué une nouvelle évolution du conflit. Les affrontements directs se sont accompagnés d’assassinats, de défections et de tentatives de recrutement de membres du camp adverse.
Au début du mois, le responsable burkinabè Bilal Mahi et plusieurs de ses proches ont été tués dans une opération attribuée au JNIM, sur fond d’accusations selon lesquelles ils auraient préparé une défection pour rejoindre l’État islamique au Sahel.
Le 13 juillet, le JNIM a annoncé la mort de Saad Fada/Sadou Samahouna, dans une zone frontalière entre le Burkina Faso et le Niger. Il était présenté comme l’un des responsables de l’État islamique au Sahel ayant quitté les rangs du JNIM pour rejoindre l’État islamique. Le groupe a affirmé que certains de ses éléments avaient réussi à s’approcher de lui en prétendant vouloir rejoindre son organisation avant de mener l’opération, présentée comme une importante victoire.
Le 21 juillet, de nouveaux affrontements ont été signalés près de Gossi, dans la région de Tombouctou en Azawad, témoignant de l’élargissement des tensions entre les deux organisations au-delà du Burkina Faso.
Quelques jours plus tard, le 26 juillet, le JNIM a tendu une embuscade à un groupe affilié à l’État islamique au Sahel près de Sambera, dans la région de Dosso, au sud-ouest du Niger. Le groupe a annoncé avoir tué deux combattants et saisi plusieurs motos.
Le 30 juillet, des canaux proches de l’État islamique ont à leur tour rapporté que ses combattants avaient tendu une embuscade à un groupe du JNIM dans l’est du Burkina Faso. Selon cette version, plusieurs membres du JNIM auraient été tués, dont un responsable, tandis que d’autres auraient été blessés.
17 août : un nouvel épisode d’un conflit ouvert
Les affrontements de Bangao et Dorkoye, dans la province du Séno, s’inscrivent dans cette escalade continue. Après plusieurs mois d’attaques réciproques, d’embuscades et d’assassinats, les deux organisations semblent poursuivre leurs efforts visant à frapper les positions et les dirigeants de leur rival dans les zones rurales et frontalières du Burkina Faso.
La mort d’Abou Zeid le Burkinabè, compte tenu de son rôle de responsable, revêt une importance particulière. Elle constitue un coup porté à la direction de l’État islamique au Sahel sur le théâtre burkinabè, d’autant que l’opération aurait également entraîné la mort de plusieurs de ses hommes et la saisie d’armes, de motos et de moyens de communication.
Un conflit au sein de la mouvance jihadiste
La série d’événements enregistrés en 2026 révèle une dimension particulière du conflit au Sahel. Le JNIM et l’État islamique au Sahel ne combattent pas uniquement les forces gouvernementales et les milices locales : ils se livrent également une guerre pour l’influence au sein même de la mouvance jihadiste.
La rivalité porte notamment sur le contrôle des zones rurales, des routes d’approvisionnement et de circulation, le recrutement de combattants, l’attraction des déserteurs et la volonté de chaque organisation d’imposer sa propre vision idéologique aux groupes et aux populations présents dans les zones où elle opère.
Au regard de la succession des affrontements depuis avril et jusqu’à l’attaque du 17 août, le conflit entre les deux organisations semble appelé à se poursuivre, notamment dans les zones frontalières entre le Burkina Faso, le Niger et le Mali, où leurs zones d’activité se chevauchent et où leurs réseaux se disputent l’influence.
